1847
« Arago était un grand astronome. Chose inouïe,
il regardait sans cesse le ciel et ne croyait pas en Dieu. Ce
malheur arrive parfois aux astronomes. Lalande était comme
Arago. Ils étudient les étoiles et les soleils cependant.
À quoi bon s'ils n'en tirent pas la vraie clarté?
Ces splendeurs de la création ne sont pas faites seulement
pour l'oeil ou la chair. Ce sont des astres du ciel, ce sont des
flambeaux dans l'esprit.
M. Arago avait une anecdote favorite. Quand Laplace eut publié
sa Mécanique céleste, disait-il, l'empereur
le fit venir. L'empereur était furieux. - Comment, s'écria-t-il
en apercevant Laplace, vous faites tout le système du monde,
vous donnez les lois de toute la création, et dans votre
livre vous ne parlez pas une seule fois de l'existence de Dieu
! - Sire, répondit Laplace, je n'avais pas besoin de cette
hypothèse.
Arago, du reste, avait une joie d'enfant lorsqu'il avait résolu
un grand problème. Il parvint à résoudre
la question de savoir si la lumière est un corps ou une
onde au moyen d'un roue que Bréguet exécuta et qui
faisait trois mille tours par seconde. Un ressort était
le moteur. Le frottement était si peu sensible que cette
roue pouvait être faite en chocolat sans se briser. Sa démonstration
présentée à l'Académie de sciences,
Arago quitte l'Académie, rentre chez lui, aperçoit
sa femme, lui prend son chapeau sur la tête et le foule
aux pieds : Tiens ! voilà ton chapeau ! - arive sa fille,
lui arrache son châle et le déchire en deux : Tiens
! voilà ton châle ! - Les femmes de s'effarer. -
Qu'a-t-il ? - Pardieu, dit Arago, je viens de résoudre
le problème de la lumière et je puis vous acheter
un châle et un chapeau.
Ce fut sous le Directoire que fut faite la grande lunette de l'Observatoire.
Ibrahim-Pacha et le bey de Tunis vinrent, lorsqu'ils passèrent
à Paris visiter l'Observatoire. Ils regardèrent
la lune par cette lunette ; ils virent que ce n'était pas
une lampe comme dit le Koran, mais un monde. Ibrahim fut stupéfait
; le bey de Tunis fut consterné.»
Victor Hugo : Choses vues 1830-1871 ; Le cercle du livre de France 1951, p. 155
_______________________________________________________________

Nommé secrétaire du Bureau des longitudes, il participa
en 1806, avec Biot, à la mesure de l'arc de méridien
terrestre en Espagne. Plus tard il devint membre de l'Académie
des sciences et directeur de l'Observatoire de Paris.
Du côté scientifique, son uvre est immense : découverte de l'aimantation du fer par un courant électrique, mise au point avec Fresnel de la théorie ondulatoire de la lumière, calcul de la vitesse du son et du diamètre des planètes , mesure de l'indice de réfraction de l'air.