Les astronomes ne sont pas contre toutes formes d'éclairages. Ils favorisent toutefois les techniques d'éclairages qui limitent la
pollution lumineuse tout en n'ayant aucun effet négatif sur la qualité de vie ou la sécurité des citoyens. À ce sujet, la réputation de
l’éclairage public comme outil de prévention du crime est surfaite. Un rapport récent du National Institue of Justice des États-Unis
concluait que l’efficacité de l’éclairage sur la réduction du crime n’était pas scientifiquement démontrée (NIJ 1997). L’effet positif de
l’éclairage sur la sécurité routière, bien que réel (CIE 1992) ne dépend que très peu du niveau d’éclairage (Schreuder, 1999). Hormis la
protection du ciel nocturne, il y a plusieurs autres bonnes raisons de lutter contre la pollution lumineuse et de favoriser un éclairage
plus efficace:
La réduction de l'éblouissement.
L'éblouissement se produit lorsque la lumière est envoyée directement dans les yeux. De façon générale, les systèmes d'éclairage qui
éblouissent laissent aussi échapper une grande partie de la lumière vers le ciel. Avec le vieillissement de la population
l’éblouissement devient un problème de sécurité routière de plus en plus important car la sensibilité à l’éblouissement augmente avec l’âge.
La diminution des fuites de lumière.
Elles se produisent lorsque la lumière ne va pas là où elle est requise. Ce sont elles qui nous obligent à tirer nos rideaux pour avoir un
peu de noirceur. Elles créent aussi, juste à coté des zones éclairées, des zones d'ombres où il est facile de se cacher.
La réduction de la confusion.
Un trop grand nombre de sources lumineuses créent de la confusion chez les conducteurs plutôt que de les guider.
Les économies d’énergie.
Un éclairage désuet et inadéquat, c'est de l'énergie gaspillée. Les vieux modèles de luminaire envoient jusqu'à 30% de leur lumière en
direction du ciel! De plus, ils consomment beaucoup plus d'énergie. En effet, en 20 ans un luminaire au mercure de 250 watts consommera
pour 1800$ d'électricité alors que pour un luminaire au sodium à haute pression de 100 watts, la facture sera de 800$ et pour un luminaire
au sodium à basse pression de 60 watts, elle sera 475$.
Techniquement parlant, il est relativement facile de limiter la pollution lumineuse. Il suffit de respecter quelques règles simples :
- Utiliser la bonne quantité de lumière. La philosophie du "plus il y en a, mieux c'est" n'est pas une bonne idée. L’oeil peut
fonctionner sur une gamme d'éclairage allant du plein jour à une nuit étoilée sans Lune. Toutefois, il faut un certain temps pour
s'adapter à la noirceur. Plus on éclaire et plus le temps adaptation est long et plus on est vulnérable lorsque l'on s'éloigne des zones
éclairées. Il faut donc chercher à éclairer au minimum et non pas au maximum.
- Contrôler la lumière émise avec des abat-jour afin de minimiser les pertes. Cela limite du même coup les problèmes d'éblouissements,
ce qui améliore la sécurité routière. À elle seule, cette approche permet de réduire grandement la pollution lumineuse tout en diminuant
les coûts d’électricité sans avoir à diminuer l’éclairage. Toutefois, il ne faut pas oublier que c’est la lumière émise juste
au-dessus de l’horizon qui est la plus polluante. L’abat-jour doit alors être très efficace sinon il est quasiment inutile.
- Utiliser des systèmes de contrôle, minuteries, gradateurs et déclencheurs automatiques, qui ne fourniront de la lumière que lorsque
désirée.. Si elles sont reliées à un détecteur de mouvement, les lumières de « sécurité » ne perdent pas de leur efficacité, bien au
contraire. De plus, il n'est pas nécessaire de laisser toutes les lumières allumées en dehors des heures d'ouverture des commerces.
Les éclairages publicitaires et architecturaux peuvent être éteints à compter de 23 heures, lorsque la majorité des gens dorment. La
pratique du couvre-feu est déjà largement pratiquée par les stations de services. Il faudrait encourager les autres commerces à en faire
autant. En outre, le couvre-feu constitue l’approche la plus efficace pour limiter la pollution lumineuse en hiver alors que
l’efficacité des abats-jour est réduite par la réflexion de la lumière sur le sol couvert de neige.
- Utiliser des lampes au sodium à basse pression qui n'émettent que dans une seule couleur. Cela limite grandement l'effet néfaste de
la lumière sur les observations scientifiques. Ces lampes sont aussi moins chères à opérer à long terme.

Rues de La Palma (Iles Canaries). Avant (gauche) et après (droite) une intervention visant à réduire la pollution lumineuse.
Le niveau d’éclairage au sol est le même dans les deux cas. Notez la réduction notable de l’éblouissement dû à l’utilisation
d’abat-jour efficaces.
Lorsque l'on choisit de bonnes pratiques d'éclairage, la pollution lumineuse peut être réduite d'une façon considérable. En effet, cette
dernière peut-être diminuée d'un facteur quatre sans que l'on ait à réduire l'éclairage au sol! Si en plus on restreint l'éclairage à
l'essentiel, les résultats peuvent être spectaculaires. Dans le début des années 70, l’observatoire national de Kitt Peak était menacé
par la pollution lumineuse en provenance de la ville de Tucson, Arizona. Située à 60 km à l’est de Kitt Peak, cette ville de 600 000
habitants voyait s’accroître rapidement sa production de pollution lumineuse. Heureusement, les législations successives ont non
seulement permis de freiner la croissance mais aussi de réduire la pollution lumineuse. Aujourd’hui, au coeur de la ville, on peut
observer la Voie Lactée!
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